Apprentis sorciers?
Par Arnaud Bougaham le mardi 22 janvier 2008, 10:37 - Lien permanent
Des avions sans pilotes, des voitures intelligentes, des puces implantées dans le corps humain pour soigner, prévenir la maladie ou retrouver des personnes disparues: science-fiction hier, réalité aujourd'hui! Gadgets ou innovations qui changent la vie, chaque jour les pages high-tech des journaux et des magazines délivrent leur lot de nouveautés. L'accélération du rythme d'apparition de ces technologies que l'on dit encore nouvelles, semble n'avoir aucune limite.
Discussion, échanges d'informations, mais aussi élaboration de documents à plusieurs: les méthodes de travail, elles aussi, se trouvent transformées par la possibilité de travailler sans se déplacer avec des collègues ou des partenaires disséminés aux quatre coins du monde. Les réseaux abolissent la distance et le temps. En éléctronique, on parle de "temps réel" pour désigner la possibilité de répondre instantanément à une sollicitation. L'airbag se déclenche à la seconde du choc, le sonar repère la position du sous-marin dans l'instant. L'incertitude diminue, le monde semble-t-il en passe de devenir plus sûr?
Plus vite!!! L'une des contrepartie de ce progrès, c'est que le temps gagné doit être transformé en profit. Il faut communiquer plus vite, produire plus vite ... vendre plus vite. Les "autoroutes de l'information" permettent de transmettre des données en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ce que je dégage de ma modeste expérience de l'économie que j'étudie depuis Octobre est que la concurrence semble croître au rythme même du progrès des technologies de l'information et de la communication. Un clic de souris suffit à faire basculer le sort d'une entreprise grâce à l'achat ou la vente de millions de dollars d'actions, comme l'attestent les exemples récents de France Télécom et d'Alcatel. L'enjeux économique et politique est bel et bien présent et de nombreuses interrogations émèrgent.
Quoiqu'il en soit, ces interrogations sont d'autant plus aïgues que l'évolution va sans doute plus vite que la réflexion humaine, et que le progrès, avec son cortège de termes en "...ique", inquiète autant qu'il émerveille. Passionnant, ce monde qui bouge, disent souvent les professionnels de l’électronique et des télécommunications, heureux d’échapper à la monotonie. Passionnant, de contribuer par son travail à faire reculer les limites du possible, à libérer l’Homme des contraintes matérielles en créant des machines de plus en plus intelligentes. Fascinant, pour les profanes, de voir que l’on peut commander une machine complexe grâce à un boîtier de la taille d’une télécommande de TV. Formidable, de pouvoir mettre son chauffage en route à distance, en pianotant sur son clavier de téléphone. Pratique, la future carte d’identité électronique.
Cela dit, avec l’omniprésence et la puissance des moyens de détection et de communication, plus possible de s’isoler. Le portable enchaîne le cadre à son travail. Les puces dans les téléphones, les voitures, les badges … ou sous la peau, permettront bientôt de nous retrouver où que nous soyons. Dans un monde connu et transparent, on n’est plus jamais seul, ni perdu. Big Brother vous regarde !
Je ressens un mélange d’euphorie et de tristesse en écrivant ce texte. En effet, je viens d’être embauché par une entité du géant japonais Toyota en tant que Test Engineer. Mon rôle consiste à décider de la mise en circulation, ou non, des toutes dernières technologies automobiles, notamment appliquées aux systèmes de navigation et autres cartes électroniques de gestion de boites de vitesse automatique. Merveilleuse nouvelle me direz-vous (cf article précédent). Je ne sais quoi vous répondre. Je suis désormais un acteur de cette course effrénée à l’innovation, au service d’une multinationale. Je remarque que la nouvelle génération d’ingénieur fraîchement sorti de l’école dont je fais partie a tendance à faire aveuglément confiance à l’ordinateur :
« on sait supprimer l’anomalie-système, mais on ne remet pas en cause les bases du système. On a besoin de gens ayant une vision d’ensemble, capables aussi d’analyser les liens entre les systèmes. »
La question qui se pose, et qui n’est pas vraiment nouvelle, est bien celle de la maîtrise par l’homme de ses inventions. Ainsi les progrès de l’électronique sont à la veille de réduire les dangers de la circulation routière. Mais ils contribuent également à mettre au point des systèmes d’armement de plus en plus sophistiqués. L’accélération de l’innovation, mais aussi la complexification des technologies rendent moins évidentes la maîtrise du monde dans lequel nous vivons.
Ingénieur d’essai, ingénieur process, architecte réseau, … quelque soit le nom qu’on leur donne, une chose est sûre : les hommes de l’électronique et des réseaux auront fort à faire pour mettre au point des technologies toujours plus performantes en se donnant les moyens de les maîtriser.
Réjouissant?
©2008 Arnaud


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Commentaires
Merci pour ce billet très intéressant, une véritable base de réflexion. Comme tu le dis, la réalité rattrape la fiction ... Et d'ailleurs, heureusement que la science-fiction est là ! Elle nous permet de réfléchir en avance sur les implications éthiques, sociales, politiques, etc., des progrès à venir ...
En tous cas, je te souhaite de t'épanouir dans ton nouveau travail, et que ce recul dont tu fais preuve te permette de rester vigilant pour ce poste à responsabilité !
Billet vraiment intéressant, merci. Il faudrait sans doute un très long commetaire pour y répondre vraiment.
Il convient sans doute de garder des zones d'ombres - pour que l'intégralité du monde ne soit pas complètement éclairée, et faire ce que tu fais, c'est à dire, s'arrêter pour penser.